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Abla Pokou : La Légende de la Reine qui a Sacrifié son Enfant

4 min de lecture Secret d'Ancêtre
Abla Pokou : La Légende de la Reine qui a Sacrifié son Enfant

Abla Pokou sacrifice Baoulé: c’est l’un des drames fondateurs les plus bouleversants de l’histoire africaine.

Au XVIIIe siècle, une femme a dû faire le choix le plus atroce qu’une mère puisse imaginer pour sauver la vie de ses partisans.

Installez-vous et écoutez attentivement. Voici la véritable histoire de la fondatrice légendaire du peuple Baoulé.

Qui est la reine Abla Pokou ?

Abla Pokou est née au début du XVIIIe siècle dans ce qui est aujourd’hui le Ghana.

Ce n’était pas n’importe qui : une princesse de très haut rang, nièce du puissant Osei Tutu, fondateur du grand Empire Ashanti.

Cet Empire Ashanti dont Yaa Asantewaa défendra plus tard l’honneur face aux Britanniques avec la même fougue.

À la mort de son oncle, une terrible guerre de succession éclate pour le trône. Le clan de Pokou soutient un candidat qui finit par être assassiné.

Face à la répression sanglante de leurs ennemis, la princesse comprend que son peuple est condamné à la mort ou à l’esclavage s’il reste.

Faisant preuve d’un courage politique exceptionnel, elle prend la tête de ses partisans et décide de fuir vers l’Ouest dans l’espoir de trouver une terre de paix

Quelle est la légende de la reine Pokou au fleuve Comoé ?

La fuite est éprouvante. Pendant des jours, le peuple de Pokou marche sans relâche, traqué par les guerriers Ashanti.

Épuisés, ils finissent par se retrouver bloqués devant un obstacle infranchissable : le fleuve Comoé.

Le fleuve, gonflé par les pluies, est en crue. Ses eaux tumultueuses interdisent toute traversée. Les ennemis approchent, la panique s’empare des fugitifs.

Désespérée, la reine fait appel à son devin pour interroger les esprits du fleuve.

Le verdict tombe, glacial. Le génie de l’eau exige une offrande pour les laisser passer. Ni or, ni bétail. Il réclame ce que le peuple a de plus cher au monde.

Les eaux sacrées occupent une place centrale dans les croyances africaines comme en témoigne la légende de Mami Wata, déesse des fleuves et des océans.

Pourquoi la reine Pokou a-t-elle sacrifié son fils ?

Les femmes proposent leurs bijoux, les hommes leurs armes. Le devin secoue la tête.

L’offrande la plus précieuse du royaume, c’est l’héritier du trône. L’unique enfant de la reine Pokou.

Face à son devoir de cheffe d’État, Abla Pokou prend son nourrisson, le lève vers le ciel et le précipite dans les eaux rugissantes du fleuve Comoé.

Le miracle se produit alors.

Selon les versions de la tradition orale, les eaux s’écartent, ou un immense pont d’hippopotames émerge à la surface pour permettre au peuple de traverser sain et sauf.

La traversée miraculeuse du fleuve Comoé par le peuple Baoulé sur le dos des hippopotames

Abla Pokou sacrifice Baoulé : que signifie le mot « Baoulé » ?

Une fois sur l’autre rive, à l’abri de leurs poursuivants, le peuple exulte.

Mais la reine, effondrée, se retourne vers le fleuve qui a englouti son fils.

En pleurs, elle prononce un seul mot : « Ba-ouli ».

Dans sa langue, cette phrase signifie « L’enfant est mort ».

C’est en mémoire de ce sacrifice suprême et de ce cri de douleur que ses partisans prendront le nom de « Baoulé ».

L’héritage d’Abla Pokou en Côte d’Ivoire

Abla Pokou fonda son royaume sur cette nouvelle terre l’actuelle Côte d’Ivoire où elle régna avec sagesse jusqu’à sa mort vers 1760.

Son histoire a inspiré la romancière ivoirienne Véronique Tadjo dans son œuvre La part d’ombre de la reine Pokou un livre qui interroge la part d’ombre de ce sacrifice, entre grandeur et horreur.

Un sacrifice qui rappelle les choix impossibles que l’histoire impose aux chefs d’État africains, de Béhanzin qui incendia sa propre capitale à Toussaint Louverture qui se rendit pour sauver son peuple.

Car c’est là toute la complexité de cette figure : Abla Pokou n’est pas une sainte. Elle est une cheffe d’État qui a fait le choix le plus inhumain qui soit pour accomplir son devoir.

Le peuple Baoulé compte aujourd’hui plusieurs millions de personnes en Côte d’Ivoire. Chacun d’eux porte en lui le souvenir de ce sacrifice fondateur.

Et c’est précisément pour cela qu’elle est immortelle.

Sources : tradition orale Baoulé, Véronique Tadjo — La part d’ombre de la reine Pokou, études historiques sur l’Empire Ashanti et la fondation du peuple Baoulé

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