Griot gardien mémoire Afrique on dit souvent qu’en Afrique, « un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Mais qui sont ceux qui écrivent ces livres invisibles ?
Bien avant l’arrivée de l’écriture, les sociétés ouest-africaines avaient déjà leurs historiens, leurs journalistes et leurs médiateurs.
Rapprochez-vous et tendez l’oreille. Plongeons dans le monde fascinant des maîtres incontestés de la parole.
C’est quoi être un griot ?
Être griot n’est pas un métier que l’on choisit c’est un destin dont on hérite.
Dans les sociétés traditionnelles d’Afrique de l’Ouest, la population est historiquement divisée en groupes sociaux très codifiés. Les griots appartiennent à une caste spécifique d’artisans de la parole.
On naît griot par son père et sa mère. Selon les régions, on ne les appelle d’ailleurs pas « griots » un terme inventé lors de la colonisation mais jeli en bambara, gewel en wolof, ou gawlo en pulaar.
Le griot possède le monopole de la parole publique. Il a le droit de tout dire, de critiquer les rois comme de louer les paysans car sa fonction le protège de toute représaille.
Quel est le but d’un griot ?
Le but fondamental du griot est de vaincre l’oubli.
Il est la mémoire vivante de son peuple. Son esprit est une base de données incroyable, capable de retenir et de déclamer des généalogies complexes remontant à plusieurs siècles.
Pour atteindre ce but, le griot ne parle pas simplement : il chante et il joue.
La transmission de l’histoire se fait presque toujours en musique, accompagnée d’instruments traditionnels dont ils sont les seuls maîtres. C’est au son de la majestueuse kora, du balafon ou du ngoni que le griot fait revivre les exploits des ancêtres.
Griot gardien mémoire Afrique : quel est son rôle dans la société ?
Le rôle du griot dépasse de loin celui du simple musicien ou du conteur. Il est le ciment de la société.
Le médiateur et diplomate c’est à lui que l’on fait appel pour apaiser une querelle entre deux familles ou deux villages. Sa parole sage permet de trouver des consensus sans perdre la face. Un rôle qui rappelle celui de l’arbre à palabres, institution démocratique où la parole résout les conflits. »
Le maître des cérémonies: aucun mariage, aucun baptême ni aucune initiation ne peut se dérouler sans sa présence et ses bénédictions.
Le conseiller du pouvoir :autrefois, chaque grand roi avait son griot personnel qui le conseillait et lui rappelait les erreurs de ses prédécesseurs.
Aujourd’hui, ce rôle a muté. Certains conservent leur fonction traditionnelle dans les villages. D’autres sont devenus des stars internationales de la musique comme Youssou N’Dour des communicateurs politiques ou des journalistes à la radio et à la télévision.
Qui est le premier griot ?
Quand on remonte le fil du temps, toutes les routes de la tradition orale ouest-africaine mènent au puissant Empire du Mali, au XIIIe siècle.
Dans la mémoire collective, le père fondateur de cette caste est le légendaire Balla Fasséké Kouyaté le griot personnel offert au grand empereur Soundiata Keïta.

Balla Fasséké a été le témoin et le narrateur de l’épopée de son roi. Aujourd’hui encore, la grande famille des Kouyaté est considérée dans toute l’Afrique de l’Ouest comme la lignée suprême des griots.
Derrière chaque grand souverain africain, il y avait la voix puissante d’un maître de la parole.
Le griot face à la modernité
Griot gardien mémoire Afrique cette figure millénaire est aujourd’hui à la croisée des chemins.
La mondialisation et l’urbanisation menacent la transmission orale. Les jeunes générations, attirées par les écrans et les réseaux sociaux, s’éloignent parfois de cette tradition exigeante.
Mais partout en Afrique de l’Ouest, des initiatives émergent pour préserver cet héritage unique. Des universités enregistrent les récits des derniers grands griots. Des musiciens fusionnent les sonorités ancestrales avec le jazz, le hip-hop et l’électronique.
Car le griot a toujours su s’adapter. C’est précisément ce qui lui a permis de traverser les siècles. Tout comme les proverbes africains qu’il transmettait, et qui continuent de guider les générations d’aujourd’hui.
Sources : études universitaires sur la tradition orale en Afrique de l’Ouest, la caste des griots au Sénégal, au Mali et en Guinée.