Ce conte africain marmite collante est l’un des récits les plus savoureux du cycle de Bouky l’Hyène. La gourmandise maladive de l’hyène va la conduire dans une situation aussi dramatique que ridicule.
Rapprochez-vous, le feu est encore vif.
Le festin égoïste et l’accident de la marmite
C’était la saison des pluies. La nature était généreuse et la chasse de Bouky fut particulièrement fructueuse : il ramena un zèbre entier à la maison.
Il ordonna à sa femme de sortir la grande marmite des jours de fête.
Rendu fou par l’odeur de la viande, l’égoïsme de Bouky prit le dessus. Il verrouilla soigneusement toutes les portes et fenêtres de sa case personne ne viendrait partager son repas.
Impatient, il faisait les cent pas, incapable d’attendre la fin de la cuisson.
N’y tenant plus, Bouky plongea la main dans l’eau bouillante pour attraper un morceau. Dans sa précipitation gloutonne, il glissa et tomba lourdement à l’intérieur.
Ses fesses se retrouvèrent littéralement collées au fond de la marmite brûlante.
Le désespoir et le plan psychologique de Leuk
Les cris de douleur de l’hyène résonnèrent dans toute la case. Sa femme tenta de le tirer par les bras et par les jambes la marmite restait désespérément soudée à son arrière-train.
Elle courut chercher l’aide du sage Leuk le Lièvre.
Arrivé sur place, Leuk comprit que la force physique ne suffirait pas. Il fallait utiliser le point faible de Bouky contre lui-même.
Il demanda aux voisins d’abattre un taureau et de diviser la viande en plusieurs tas. Tous énormes et remplis de bonne chair à l’exception d’un seul, minuscule, composé uniquement de vieux os.
En secret, Leuk ordonna à madame Bouky de choisir ce misérable tas d’os le moment venu.
Le conte africain marmite collante : la colère libératrice
Bouky fut transporté devant la viande, toujours coincé dans sa marmite.
Les femmes du village s’avancèrent et choisirent les plus beaux morceaux. Vint le tour de madame Bouky, qui se dirigea sans hésiter vers le misérable tas d’os.
La gourmandise de Bouky explosa.
Oubliant totalement sa douleur, sa marmite et sa paralysie, l’hyène fut foudroyée par la colère de voir un bon repas lui échapper.
Dans un élan de rage incontrôlable, Bouky bondit sur ses pattes pour retenir sa femme.
Le mouvement fut si brusque et si puissant que la marmite se détacha de ses fesses pour rouler sur le sol.
Les voisins éclatèrent de rire en applaudissant l’intelligence de Leuk.

La morale de la savane
Bien que couvert de ridicule, Bouky remercia chaleureusement son ami d’avoir su manipuler sa propre gourmandise pour lui sauver la vie.
La meilleure arme contre un être obsessionnel est toujours sa propre obsession.
La gourmandise dans la sagesse africaine traditionnelle
Ce conte africain marmite collante illustre un principe fondamental de l’éducation traditionnelle en Afrique de l’Ouest.
La gourmandise nit ku gëm dëkk bi en wolof, littéralement « celui qui est esclave de son ventre » est considérée comme l’une des faiblesses les plus dangereuses de l’être humain.
Elle aveugle le jugement, isole de la communauté et finit par retourner ses propres forces contre soi.
Leuk ne sauve pas Bouky malgré sa gourmandise. Il le sauve grâce à elle en la retournant comme une arme. C’est là toute la génie de la tradition orale : même les défauts peuvent devenir des outils entre les mains d’un esprit sage.
Issu de la tradition orale sénégalaise, ce récit appartient au cycle des contes de Leuk et Bouky, transmis par les griots depuis des générations.